Déclaration de F. ASENSI : Avec la privatisation de ADP, le gouvernement brade l’intérêt général

22 juin 2018 0 Par Francois Asensi
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Cette privatisation inefficace et même dangereuse n’est que le reflet d’une politique ultra-libérale qui vise à dépouiller l’État de ses moyens d’action, en la privant de ses recettes. Le comble de l’histoire est que l’argent que l’État touchera au titre de la cession de ses parts va à peine compenser des baisses de dotations affectant notamment la Banque publique d’investissement…
La Loi plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, dite loi Pacte, présentée en Conseil des ministres le 18 juin prévoit entre autre la cession de plus de 12 milliards d’euros de participations dans ENGIE, la Française des jeux et les Aéroports de Paris (ADP).
Rappelons que la décision de solder les parts de l’État dans ADP est loin d’être anodine. 5ème source de dividendes pour l’État, ce sont des recettes particulièrement dynamiques, qui ont rapporté 169 millions d’euros en 2017. Avec 15,5% de profit en plus en 2017, ADP est ainsi plus rentable, sur la période 2009-2016, que la moyenne des entreprises du CAC 40.
Scandaleuse, cette privatisation est également dangereuse. Notons que même les États-Unis ou l’Allemagne, pourtant en pointe sur les questions de privatisations, ne se sont pas aventurés à céder leurs aéroports, notamment pour des raisons de sécurité et de souveraineté nationale.
Le Gouvernement est sur le point de répéter le scandale de la privatisation des autoroutes. Cette privatisation prive en effet l’État de plus de 10 milliards de dividendes chaque année lesquels pourraient être réinvestis dans les infrastructures, la recherche et notre modèle social. La même arnaque se profile avec ADP, puisque même si l’État n’entend céder l’exploitation que pendant 90 ans, le repreneur aura amorti son investissement en seulement 40 ans. En vendant aux alentours de 6,5 milliards d’euros pour 90 ans, l’État renonce à plus de 15 milliards d’euros de dividendes escomptés sur cette même période. Un jeu de dupe.
Coûteuse, cette privatisation risque d’être de surcroît inefficace puisque le retrait de l’État va entrainer des procédures plus longues et complexes pour toute une série d’autorisation administrative. Paradoxe absolu, la libéralisation du capital de l’entreprise va s’accompagner d’une étatisation de la gestion opérationnelle. Je crains donc que la privatisation entrave la croissance d’ADP, groupe florissant depuis qu’il est sous le giron de l’État.
Pire, contrairement aux privatisations des aéroports régionaux qui se font dans un régime de concession, ADP a la particularité d’être propriétaire du foncier sur lequel il se trouve. En 2005, l’État a accepté de transférer les terrains publiques de l’aéroport pour qu’ADP, devenue une société anonyme, puisse avoir la maîtrise de son développement. Privatiser la société pourrait de fait revenir à donner au privé une surface équivalente à celle des deux tiers de la capitale !
Acteur local et partenaire de la ville de Tremblay-en-France –qui accueille un tiers de la plateforme Charles de Gaulle-, ADP s’ancre dans notre territoire. En tant qu’élus locaux, nous sommes vigilants sur l’implication de la société au service des habitants de nos villes et de leur environnement.
Les aéroports d’ADP au Bourget, à Roissy ou à Orly sont de puissants leviers de développement social et économique dans la Région Ile-de-France, mais aussi à l’échelle nationale. A lui seul, l’aéroport CDG et son environnement représente en effet 1% du PIB français et 21 milliards d’euros ! Je crains que le mouvement de privatisation ne nuise à terme à cette relation, au profit d’une logique tournée vers la recherche du profit.
Cette privatisation inefficace et même dangereuse n’est que le reflet d’une politique ultra-libérale qui vise à dépouiller l’État de ses moyens d’action, en la privant de ses recettes. Le comble de l’histoire est que l’argent que l’État touchera au titre de la cession de ses parts va à peine compenser des baisses de dotations affectant notamment la Banque publique d’investissement…

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