Un taux minimum obligatoire de stagiaires : contre les inégalités sociales et pour la réussite de la jeunesse française

10 juillet 2018 0 Par Francois Asensi

DÉCLARATION DE FRANÇOIS ASENSI

Chaque année, je reçois de plus en plus de demandes de stages de la part d’élèves du secondaire ou du supérieur au sein des services de la mairie. Pourquoi ? Parce que la jeunesse française est mise à l’écart des entreprises, qui refusent de jouer le jeu en formant les salariés de demain et se privent par la même occasion de la richesse que peut apporter la jeunesse à une entreprise.
Ces jeunes m’expriment leur désarroi face au nombre très importants de réponses négatives qu’ils reçoivent. Ces stages sont pourtant obligatoire dans le cadre de nombreux cursus, notamment en lycée professionnel ou en apprentissage, et le premier pas vers le monde professionnel.
Éviter l’échec scolaire et lutter contre les inégalités entre jeunes dans la recherche de stage nécessite à mon sens l’instauration d’un taux minimum obligatoire de stagiaire dans chaque entreprise.

 

La jeunesse française est mise à l’écart des entreprises

Du tant attendu « Plan Banlieues », il n’est rien resté, si ce n’est l’annonce la création de 30 000 places de stages pour les élèves de 3e eb REP et REP+. Si cette mesure va dans la bonne direction, elle est amplement insuffisante. Le désarroi de la jeunesse face aux recherches de stage touche plus encore les jeunes étudiants et lycéens, pour qui ne pas trouver de stage ou d’alternance signifie l’abandon des études ou la non validation de leur cursus.
Dans la recherche de stage, le réseau des familles et le statut social sont un profond facteur d’inégalité, tout comme le lieu de résidence. Un rapport de l’INJEP mis à jour en 2018 relevait que les difficultés d’accession à des stages étaient par ailleurs inégales selon les lieux de résidence, car bien supérieure en zone rurale, en banlieue et surtout dans les zones REP et REP+. Selon ce rapport, de nombreux élèves issus des quartiers défavorisés ou de l’immigration souhaitant rejoindre une filière d’apprentissage y renoncent faute d’entreprise car ils ne savent pas comment s’y prendre ou n’ont pas de contacts pour entrer en relation avec les entreprises. Pour les élèves de REP qui font ces démarches, ils doivent contacter plus d’entreprises et vont obtenir moins souvent le stage souhaité. Lors de la recherche d’un stage de 3e , 30 % des élèves de REP contactent cinq lieux ou plus contre 14 % des élèves hors REP. Cette situation provoque un comportement d’auto-élimination, avec de nombreux candidats dans les quartiers populaires qui postulent dans des lieux de travail proche de chez eux, quel que soit leur souhait d’orientation, anticipant les difficultés et les refus.
Nous ne pouvons ici que constater un nouvel exemple de discrimination territoriale, frappant les banlieues et plus spécifiquement les zones d’éducations prioritaires.
Si la loi de 2014 tendant au développement, à l’encadrement des stages et à l’amélioration du statut des stagiaires permet un certain nombre d’avancées, elles sont cependant sont cependant insuffisante. Il est nécessaire que la loi reconnaisse et garantisse un égal accès aux stages pour l’ensemble des élèves de France, quel que soit leur établissement. L’article L. 124-8 impose un taux maximum de stagiaires par entreprise afin d’éviter tout abus. Je pense qu’il faut dans le même temps leur imposer un taux minimal de stagiaires, afin de maximiser les chances pour les élèves de décrocher un stage.

Le réseau des familles et le statut social sont un profond facteur d’inégalité

De plus comme nous l’avons vu l’un des principaux problèmes pour les élèves des quartiers populaires est celle du réseau, autrement dit au capital social des familles, et de la difficulté de trouver un stage en concordance avec leur orientation ou formation. Il faut donc que cette mesure et son élargissement s’accompagne d’un plan d’accompagnement des élèves afin de rechercher des stages adaptés et de permettre une mise en relation des élèves avec les entreprises.
En somme, j’attends de l’actuel gouvernement, volontiers enclin à se présenter comme pro-business, qu’il tape du poing sur la table pour que ses amis du monde de l’entreprise ouvre enfin pleinement les portes à la jeunesse.