Privatisation d’ADP : jackpot pour les actionnaires privés

12 octobre 2018 0 Par Francois Asensi

La majorité parlementaire a voté à l’Assemblée nationale la semaine dernière la privatisation du groupe Aéroport de Paris dans le cadre de la loi dite Pacte. Cette décision, à laquelle je me suis toujours opposé sur les bancs de l’Assemblée, est pour l’Etat une ineptie tant économique que stratégique.
A l’inverse, il s’agit d’un double jackpot pour les actionnaires privés du groupe. En 2005, l’État a transféré gratuitement les terrains publics des aéroports de Paris au groupe ADP, ce qui revenait à donner une surface équivalente à 2/3 de la capitale aux actionnaires. En 2019, les actionnaires vont se voir verser des indemnités, pour le préjudice subi au titre du retour de tous les actifs du groupe à l’Etat à l’issu de la concession, en 2088. Ce préjudice va conduire l’Etat à verser entre 1 et 2 milliards d’euros de compensation aux actionnaires d’ADP. Même si la moitié de cette somme retournera à l’Etat en tant qu’actuel actionnaire majoritaire à 50,6%, entre 500 millions et 1 milliard d’euros vont être offerts aux actionnaires privés.

En 2005, j’avais déjà alerté sur les dangers du changement de statut des aéroports de Paris en société anonyme à l’Assemblée nationale. En devenant actionnaire, l’Etat bradait un de ses outils de puissance publique et remettait dans les mains d’actionnaires privés des infrastructures aéroportuaires qui jouent un rôle important dans la cohésion des territoires et au niveau national, voire international. L’État se trouve réduit au rôle d’actionnaire privé cherchant à faire fructifier ses capitaux, reléguant toute autre considération au second plan.
Pourtant, ADP est un des groupes les plus structurants du département de Seine-Saint-Denis. On estime que plus de 64% de l’emploi dans le département est directement, indirectement ou soutenu par l’activité des aéroports de Paris.

L’Etat s’apprête néanmoins à vendre la totalité de ses parts pour une somme qu’il aurait touché en moins de 45 ans, alors que la concession va s’étaler sur 70 ans ! Une concession qui par ailleurs n’est accompagnée que de maigres conditions. On peut en effet douter qu’un simple cahier des charges suffira à influencer les choix sociaux, économiques et stratégiques des nouveaux investisseurs.

En plus d’être une ineptie économique pour l’Etat, la privatisation d’ADP est dangereuse. Les aéroports de Paris sont la porte d’entrée de plus de 100 millions de personnes sur le territoire en 2017. Aux Etats-Unis ou encore en Allemagne, les aéroports sont gérés par les gouvernements locaux d’abord pour des raisons évidentes de sécurité et de souveraineté nationale. Pourtant, le ministre de l’économie n’exclut pas de choisir des investisseurs étrangers. Comment ne pas y voir un danger en termes de sécurité ? Comment comprendre que l’Etat renonce à de nouvelles recettes qui pourraient financer des services publics particulièrement en difficultés dans notre département ?

Je tiens à réaffirmer mon opposition contre le retrait de l’Etat du groupe ADP, 5e source de dividendes. Une décision qui montre une fois de plus la vision court-termiste et ultra-libérale de ce gouvernement.