Zone à faibles émissions: Gaz à effet de serre, particules fines ? De quoi parle-t-on ?

14 novembre 2018 0 Par Francois Asensi
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La Métropole du Grand Paris a voté hier une Zone à Faibles Émissions (ZFE), qui vise à interdire dès le 1er juillet 2019 dans un périmètre compris dans les limites de l’A86, les véhicules de catégorie Crit’Air 5, c’est-à-dire les véhicules immatriculés avant 2000. Nous parlons donc de 300 0 00 véhicules en Ile de France qui ne pourront pas passer l’anneau de l’A86 et qui seront donc exclus de la capitale.
En tant que conseiller métropolitain, je n’ai pas pris part à ce vote, et je tiens à expliquer pourquoi.
Je ne peux voter contre un texte dont les objectifs sont louables : réduire la pollution atmosphérique dans notre région est urgent. On sait qu’elle cause une surmortalité, évaluée à plusieurs milliers de morts par an. Mais la méthode, et la très courte vue de cette décision, vont transformer dans l’esprit de nos concitoyens cette exigence écologique en punition.
En effet, cette décision sur la ZFE est déconnectée de l’ensemble des problématiques de la pollution en région parisienne :
– Notre Région est traversée par un trafic considérable de poids lourds. Rien n’est envisagé pour le réduire ou contourner notre région, comme le fret ferroviaire.
– L’Île-de-France comporte deux aéroports. Il est désormais connu que l’aéroport Charles De Gaulle, à lui seul, engendre une pollution atmosphérique équivalente au périphérique parisien. Cette absence de réflexion sur la contribution du trafic aérien à la pollution va profondément réduire l’impact de la ZFE.
– Il est plus qu’étonnant qu’aucun travail n’a été engagé avec la Région en amont de la mise en œuvre de la ZFE pour améliorer immédiatement et de manière sensible les transports en commun. Pour notre territoire, je pense évidemment aux lignes 16 et 17 qui seront retardées, surtout la ligne 17 qui pourtant doit desservir l’un des principaux pôles d’emplois de la Région et soulager à la fois le trafic routier vers l’aéroport et le RERB. Ce RERB qui connait d’ailleurs de nombreux dysfonctionnements, et pour lequel aucun investissement majeur n’est prévu. Il y a une dimension irresponsable à interdire de circulation des centaines de milliers de véhicules sans s’interroger sur la saturation des transports existants. Je serai prêt à voter une telle mesure lorsqu’on nous présentera un plan viable pour une alternative de mobilité en transports en commun. D’ailleurs, il est urgent également d’engager la réflexion sur la gratuité des transports pour les usagers.
– La construction du futur Terminal 4 devrait engendrer 30 à 35 millions de passagers supplémentaires. Visiblement, Aéroport de Paris (ADP) n’envisage rien d’autres qu’un accroissement majeur du trafic routier. On suppose que cela lui sera lucratif, avec ses 28 000 places de parking en location.
Telle que la décision a été prise : seuls les plus modestes vont être lourdement pénalisés. Ce sont eux qui possèdent ces véhicules anciens et polluants. Les aides à la conversion prévues sont très insuffisantes, avec un reste à charge de plus de 10 000 euros, même pour les plus modestes. D’ailleurs, sur cette question du prix : est-il cohérent d’imposer une TVA à 20% sur les véhicules non polluants ? Elle est déjà récupérable à 100% pour les véhicules de société propres. Il serait logique de simplement la supprimer pour tous, tout en augmentant les aides à la conversion, et en couplant l’achat à un prêt à taux zéro sur 5 ans pour financer le reste à charge. Là encore, je le répète, nous transformons une exigence écologique, que peuvent comprendre nos concitoyens, en sentiment de punition.
Anne Hidalgo se félicite de la décision de la Métropole, qui suit celle qu’elle a prise elle-même. Les foyers les plus modestes de sa ville, mais aussi de toute l’Île-de-France, et notamment les publics « captifs », vont se retrouver dans une situation impossible.
Seule une politique globale et cohérente, qui prend en compte aussi la population de la région, peut conduire à une politique à la fois efficace, comprise et acceptée par nos concitoyens.


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