CONGRES DES MAIRES DE FRANCE : LA COLÈRE

24 novembre 2018 0 Par Francois Asensi

La colère gronde chez les maires de France. Confrontés à la fracture sociale, ils mesurent chaque jour le mal-être et l’exaspération de la population. Élus, au plus proche des habitants, ils s’estiment méprisés par l’État.

J’ai décliné l’invitation du chef de l’État à me rendre à l’Élysée le 21 novembre dernier, alors qu’il avait auparavant refusé de se rendre au congrès des maires comme il s’y était pourtant engagé. Si je respecte la fonction présidentielle, je n’accepte pas la politique austéritaire de celui qui l’incarne. L’Élysée accroît les inégalités et favorise avec morgue les plus riches. Les « premiers de cordés », ces hérauts du président, accumulent des fortunes indécentes, tandis que le niveau de vie de l’immense majorité des Français stagne, voire même régresse ! Je constate tous les jours dans ma fonction de maire que nombre de familles déploient des trésors d’imagination et font beaucoup de sacrifices uniquement pour assurer leur fin de mois.

Hausse des prix des carburants, du gaz, de l’électricité, de la CSG et baisse des APL d’un côté, suppression de l’impôt sur la fortune, des cadeaux fiscaux comme la “flat tax” et le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) de l’autre : les deux faces de la politique manichéenne mise en place produit une profonde injustice.

Comment alors s’étonner que la croissance soit en berne et l’emploi au plus bas ?

Au nom de l’effort national pour réussir la transition énergétique, le gouvernement augmente des taxes qui pénalisent uniquement les plus modestes. Il nous invite également à changer de véhicule en optant pour le tout électrique… Mais comment s’offrir ces voitures propres si le reste à charge, malgré les aides publiques, reste très élevé ?

C’est vrai, il y a urgence à respirer un air propre et à protéger la biodiversité. Tremblay, en optant depuis 30 ans pour la géothermie et en préservant les terres agricoles et son bois d’une urbanisation sauvage, a toujours placé l’écologie au centre de sa politique publique.
Néanmoins, l’écologie ne peut être punitive et pénaliser les familles aux revenus modestes, comme c’est aujourd’hui le cas. Surtout : le réseau de transports public doit de manière concomitante accompagner toute réforme qui tend à limiter la consommation des énergies carbonées. Tel n’est pas le cas quand on voit le retard pris pour réaliser la ligne 17, pourtant essentielle pour atteindre les zones d’emplois du Grand Roissy. Les investissements indispensables au meilleur fonctionnement de la ligne B du RER, quant à eux, ne sont toujours pas une priorité alors que chaque jour elle transporte 900 000 passagers, l’équivalent de 1 800 TGV !

On ne m’enlèvera pas l’idée que l’urgence écologique pour la transition énergétique est consubstantielle d’une grande politique sociale en France, politique qui, pour être efficace et juste, ne doit pas être soumise à la loi du profit. Bien au contraire.