« Gilets jaunes »: Après l’intervention du président de la République : le compte n’y est pas !

11 décembre 2018 0 Par Francois Asensi

Le président de la République est dans le déni absolu d’une crise sociale qui interroge la société française sur son modèle de développement et sa finalité même. Ses annonces n’apportent aucune réorientation de son horizon de pensée libérale, où le président Macron exonère le capital de tout devoir de solidarité.

La fausse augmentation du SMIC annoncée sera ainsi financée par de l’argent public, via la prime d’activité. La défiscalisation des heures supplémentaires : c’est l’État qui la paiera. Alors que la productivité ne cesse de s’améliorer, rappelons que la part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse. En vingt ans, la part des salaires dans le produit intérieur brut (PIB) français a baissé de 9,3 %, ce qui correspond à plus de 150 milliards d’euros transférés du travail vers le capital. C’est un transfert de richesses colossal, qui explique la faiblesse des salaires et le grossissement de l’armée industrielle de réserve que constituent les chômeurs.

Le plus exaspérant dans l’allocution du chef de l’État, ce sont ses tentatives d’entourloupe. Soyons clair : le SMIC n’augmente pas. Le gouvernement ne fait aucun geste. Les 100 euros annoncés viennent d’une augmentation de la prime d’activité étalée sur plusieurs années, prévue de longue date ! Le seul geste, c’est de la ramener sur un an, sur le dos de la dépense publique. Les profits seront intacts. La défiscalisation des heures supplémentaires ne profitera qu’à ceux qui s’en voient proposer. C’est l’employeur qui décide, pas le salarié. On peut aussi supposer qu’elle limitera la création de nouveaux emplois. La suppression de la hausse de la CSG sur les retraites de moins de 2000 euros pourrait être un beau geste… mais c’est le revenu fiscal de 2000 euros qui sera pris en compte, pas les retraites de 2000 euros, ce qui est très différent. Cela concernera un nombre largement insuffisant de retraités.

Les plus riches et les grandes entreprises sont totalement épargnés, et sont donc dispensés de participer à la solidarité nationale. Emmanuel Macron refuse de rétablir l’ISF, qui ne représente que 3.5 milliards d’euros pris sur 1028 milliards de patrimoine des plus riches, d’après les chiffres de 2017 ! Le CICE est maintenu, avec ses 20 milliards d’euros donnés en pure perte aux grandes entreprises.

Et voilà que le Président appelle les maires à son secours, pour renouer le dialogue avec les Français. L’ennui, c’est que les communes ont été vidées de leurs compétences depuis plusieurs années et que les maires sont méprisés par le pouvoir central, au profit de structures bureaucratiques monstrueuses, déconnectées des réalités locales. Si Emmanuel Macron veut replacer les maires au sein du débat démocratique, il va falloir commencer par replacer la commune au cœur de la démocratie.