Privatisation d’Aéroports de Paris : la double erreur stratégique.

28 février 2019 0 Par Francois Asensi
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Mon édito dans le prochain Tremblay Magazine

Le gouvernement s’obstine à vouloir privatiser les aéroports de Paris. C’est à mon sens une double erreur, qui pèsera lourd dans le passif de quarante années de privatisations et d’abandon de souveraineté.

ADP est d’abord une entreprise particulièrement rentable, qui assure à l’État d’importants revenus. Avec les deux autres entreprises en passe d’être privatisées (Engie, et la Française des Jeux), l’État s’apprête à abandonner 800 millions d’euros par an de recettes. L’argument avancé est celui du nécessaire désendettement de l’État, en consacrant une partie de la vente – 5 milliards sur 15 milliards – à cette fin. Si l’on sait que la dette de l’État est de 2300 milliards, on comprend que notre pays va abandonner des revenus substantiels, pour récupérer une goutte d’eau… C’est le scandale de la privatisation des autoroutes qui va se reproduire, lorsque la France a bradé des infrastructures payées par les Français et qui rapportent aujourd’hui une fortune au secteur privé.

Mais bien plus grave, cette privatisation pose une question stratégique de souveraineté. Un aéroport international, c’est une frontière. Et aucune grande puissance, mise à part Londres, n’a délégué la gestion de sa frontière à une entreprise privée. Un pays aussi libéral que les États-Unis d’Amérique conserve ses aéroports internationaux dans la sphère publique, ce n’est pas pour rien. J’appelle donc le gouvernement à revenir sur sa décision, en gardant en mémoire l’échec de la privatisation de l’aéroport de Toulouse, dont la Cour des Comptes révèle de graves insuffisances dans sa gestion. L’investisseur chinois veut d’ailleurs déjà le revendre, dans l’espoir d’une plus-value. Va-t-on laisser un équipement aussi stratégique être vendu et revendu au plus offrant ? Il y va de la sécurité aérienne, de la gestion des nuisances sonores pour les populations, et de la capacité de notre pays à gérer sa frontière dans la transparence des décisions publiques.


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