LE COMMUNISME EN QUESTION(S)

14 juin 2019 0 Par Francois Asensi
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Le Peuple de gauche est en état de sidération. Le choc des européennes a fracturé la gauche qui n’atteint pas le quart des suffrages. La construction d’une alternative sociale et écologique à vocation majoritaire sera longue, très longue, vue l’état de décomposition de la gauche.

Je vois ici et là des pétitions qui circulent et des appels à un big bang, dont je perçois mal les objectifs. Je crains qu’en n’affrontant pas les vraies questions, de nouvelles illusions se créent sur les capacités des partis et formations politiques à faire du neuf, alors qu’ils sont tous en crise. Ces élections n’ont pas été pour moi une surprise. Des années de trahisons et de mépris pour les milieux populaires, de promesses non tenues, ont ouvert une déchirure béante et nourri le populisme.

Les dirigeants socialistes sont allés jusqu’à tourner le dos à leur culture social-démocrate, et se sont couchés face au capitalisme financier. En renonçant au marxisme, comme l’avait fait avant eux les socialistes allemands, ils ont vidé la gauche de son contenu émancipateur, et précipité dans la débâcle les autres formations de gauche.

Leur politique n’était pas de gauche. Mais ce serait une erreur, une faute grave, d’abandonner le concept de gauche à l’aune de cette capitulation. J’ai appelé à voter communiste sans hésitation. C’était pour moi un vote rationnel, un vote d’espoir parce que tout restait ouvert. Je ne le regrette pas. Le score étriqué reste dans la continuité du déclin électoral du Parti Communiste Français, qui s’est accéléré et amplifié depuis les années 1980.

Cette triste réalité interroge la société française. Et révèle selon moi que plus les communistes sont affaiblis, et moins la gauche est de gauche. J’en tire la conclusion que la force et l’influence du communisme en France sont essentielles pour la reconstruction d’une force de gauche.

Mais là où le bât blesse, c’est que l’opinion et les jeunes restent indifférents à ce postulat.

Pour beaucoup de nos concitoyens, les communistes c’est de l’histoire ancienne, et un vieux parti. Certains estiment que l’Histoire s’écrira désormais sans lui. Sans lui peut-être, mais sans la culture communiste, jamais. J’affirme que cette dernière est consubstantielle à la transformation socialiste et écologique de la société.

Posons-nous alors cette question existentielle, le communisme conserve-t-il sa force propulsive pour l’émancipation humaine ? Les idées communistes ont-elles un avenir à l’échelle du monde, et naturellement de la France ? Je le pense, mais il faut convaincre et les faire vivre dans la vraie vie. Inutile de sortir les trompettes de la renommée, ou considérer comme clos ce débat qu’un congrès aurait résolu… Cela dit j’ai compris la notion d’effacement, et même partagé son esprit, mais le retour d’une identité du passé va à l’encontre de la nécessité de se projeter vers l’avenir. Avons-nous conscience que le communisme nous dépasse tous, et qu’il ne peut être, au XXIe siècle, privatisé, fut-ce par une formation au passé prestigieux ?

J’ai conscience que ce papier peut dérouter des militants. Je n’ignore cependant pas l’âpreté du combat de classe, qui désigne comme adversaire irréductible la formation anticapitaliste. Je n’ignore pas non plus l’obstacle que représente la constitution la plus antidémocratique des pays développés : la Ve République. Reste que le regain d’influence que nous souhaitons dépend en grande partie des communistes.

Le communisme du XXe siècle est derrière nous. Ces codes, ses us et coutumes, ne sont plus de notre temps. Le monde a changé dans ces modes de domination, tout comme la perception qu’en ont les opinions publiques aujourd’hui.
Dire cela, est-ce pour autant exonérer le capitalisme ? Aucunement. Il reste l’instrument suprême de domination et d’asservissement de l’humanité et doit être combattu pour cela.

N’est-il pas venu le temps de refonder 100 ans après Tours le communisme ? Et d’engager sa renaissance en mettant à jour les valeurs et les combats de ce siècle ? En quelque sorte, définir une identité partagée, par son universalité même. La reconquête est sur ce chemin, et le rassemblement aussi, sans esprit de domination et dans le respect du pluralisme. Le centième anniversaire du PCF est une occasion inespérée pour faire ce travail de renouveau et de fondation.

La jeunesse veut aller de l’avant et reste disponible pour défricher les voies du bonheur, pour une planète libérée du consumérisme et de la voracité prédatrice des multinationales.


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