Note à Marie-George

24 avril 2007 3 Par Francois Asensi
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Le 19 avril 2006, je rencontrais Marie-George Buffet pour échanger de la question des présidentielles. Une note m’était remise à l’issue de cet entretien. Non diffusée jusqu’à ce jour, il me semble important de la porter à votre connaissance.


François ASENSI à Marie-George BUFFET
Mercredi 19 avril 2006

Objectif de cette rencontre : discuter de la question des présidentielles

Un scénario pré-établi : multitude de candidatures, dispersion des voix

Au rythme où vont les choses, on va vers une multitude de candidatures à gauche avec un risque politique évident pour les forces anti-libérales : une dispersion des voix (à ce jour, les sondages créditent la candidature PC à 3-4%).

Les communistes seraient les seuls perdants car les candidatures d’extrême-gauche, d’essence extraparlementaire, relèveront une nouvelle fois du témoignage et s’inscriront dans une tradition établie et par conséquent seront perçues comme naturelles par l’opinion.

Le PCF sans marge de manoeuvre, coincé entre l’extrême-gauche et le PS

Il n’est pas exclu que les 2 candidats de l’extrême-gauche soient devant le PC : notre formation serait alors entièrement dépendante du parti dominant, le PS, qui posera ses conditions en échange de quoi il nous garantirait un groupe à l’Assemblée. Le PS fera aussi monter les enchères pour les prochaines municipales et cantonales. Inutile d’insister sur le fait que tous nos efforts de ces dernières années pour affirmer notre autonomie et promouvoir une orientation antilibérale seraient annihilés, accompagnés d’un retour du syndrome de la gauche plurielle.

Aujourd’hui, le PS est dans une telle situation qu’il n’a besoin ni de programme ni de projet : être au second tour (et ne pas refaire 2002) lui tient lieu de stratégie et de programme avec un vote utile qui aurait un effet lessiveuse à gauche.

La situation est d’autant plus facile pour le PS que l’actualité le contraint de s’afficher résolument à gauche (CPE, …).

(A Saint-Denis, j’avais déjà appelé l’attention du Congrès sur ce risque de satellisation perpétuelle autour du PS).

Une candidature proposée par le PC n’a de pertinence et de sens que si elle est commune et sur la base d’un projet antilibéral. Ce serait le scénario idéal. Mais si ce rassemblement ne se fait pas, notre candidature se retrouve banalisée et nous n’en tirerions aucun avantage

Dans la configuration d’un projet de rassemblement des forces antilibérales et d’une candidature unitaire, tu restes à mes yeux la meilleure candidate car la plus proche de mes choix politiques.

Cela étant, l’absence d’un rassemblement et d’une candidature unitaire banaliserait notre positionnement politique et placerait notre candidature au même niveau que tous les autres candidats alors que ton crédit et celui du parti acquis lors du 29 mai restent intacts parmi les forces antilibérales et parmi celles et ceux qui se sont engagés derrière le NON à la Constitution. Tu perdrais dès lors ton statut de rassembleuse et de fédératrice.

Pour les prochaines présidentielles : une démarche politique qui manque de lisibilité pour l’opinion et qui peut se retourner contre le PC

Je ne suis pas convaincu que la recherche de la faute chez les autres, de la diabolisation des autres – apparaissant comme les briseurs de l’unité – sera perçue comme telle par l’opinion (cf. d’ailleurs les résultats de notre diabolisation dans le débat avec le PS dans les années 1970 où nous étions apparus comme des inquisiteurs et avions alors perdu la bataille de l’union).

Il ne faut pas s’attendre à une clarification sur le thème :  » j’ai tout fait pour rassembler ; les autres ne voulant pas d’une candidature unitaire, j’ai seule la légitimité.  »

Je ne suis d’ailleurs pas certain que le départ de la LCR en juin, qui pourrait être un affichage de principe naturel pour une formation politique cantonnée dans le registre de la contestation, soit pris négativement et que la tienne, trois mois plus tard, positivement : ta candidature pourrait même apparaître comme une candidature de trop du moment qu’un candidat antilibéral aura déjà fait vœu de candidature.

Ne perdons pas non plus de vue que le candidat de la LCR et a fortiori celle de LO, axeront toute leur campagne, et en feront même le fil rouge, autour d’un PCF n’ayant pas tiré les leçons du passé et de la gauche plurielle. Et, en l’état actuel des choses et d’accès aux médias, nous ne serions pas en mesure de corriger une telle stratégie de diabolisation dirigée uniquement contre nous.

Un nouveau revers électoral pèserait lourd sur le parti

Si nous réalisons 3, 4, 5%, les thuriféraires d’une candidature identitaire aujourd’hui seront les mêmes à nous reprocher, et surtout à toi, ce résultat : tu seras alors dans une situation similaire à celle de Robert Hue. Cela sera injuste personnellement, mais ce sera aussi excessivement compliqué pour le parti qui portera ce second échec (et le supportera-t-il ?).

Assurer la pérennité de la présence communiste, c’est assumer et promouvoir le rassemblement autour d’une candidature antilibérale non nécessairement issue de nos rangs

J’estime que le rôle de la Secrétaire nationale consiste à prendre du recul sur cette élection qui n’est pas la fin de l’histoire – mais qui pourrait bien être celle du parti – et à assurer la pérennité de la force et de la présence communistes demain dans l’espace politique français.

Il faut aujourd’hui rendre toutes les candidatures à gauche du PS inconfortables aux yeux de l’opinion, et plus encore illégitimes.

Il faudra ensuite une initiative forte de ta part, au nom du parti, pour aller jusqu’au bout de tes conclusions du Congrès, à savoir : l’élaboration d’un projet antilibéral, la création d’une dynamique populaire et des candidats de rassemblement pour les présidentielles et les autres élections.

Il y aura nécessairement un passage obligé : une déclaration solennelle forte, présentant l’altruisme et en définitive l’utilité du parti au service d’un projet de transformation sociale et de rassemblement. Il faut être prêt à dire, le moment venu, que la candidature à la présidentielle peut se trouver hors de nos rangs.

Il faudra choisir ce temps fort : nous pouvons travailler sur des comités, des rassemblements à la base et, plutôt qu’une conférence, organiser un congrès extraordinaire.

Dans le contexte présidentiel, où chaque formation défend son identité, perçue aussi comme sa « chapelle », cela constituerait un acte politique fort, un acte fondateur aujourd’hui de l’identité communiste, aussi fort que l’appel au Front unique lors du Front Populaire en 1936 et, toute chose égale par ailleurs, que lors de l’élaboration du programme commun.

Dans un pays aussi riche que le nôtre dans le cadre du débat politique et citoyen, nous pouvons trouver une femme ou un homme capable d’incarner cet espoir.


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