20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin : comprendre l'évènement

16 novembre 2009 0 Par Francois Asensi
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J’ai présidé le samedi 21 novembre dernier le colloque « Lendemain de chute, comprendre l’évènement », organisé par la Fondation Gabriel Péri et le mensuel Regards autour de la chute du Mur de Berlin en 1989.

Loin de la déferlante médiatique et politique ayant entouré l’anniversaire de cet évènement historique, les intervenants nous ont permis d’analyser cette question en lien avec l’histoire du XXème siècle, de la fin de la Guerre Froide et ses répercussions sur l’idée communiste.

Je vous propose de retrouver ici mon propos introductif :

« Chers amis bonjour,

Je vous remercie d’être présent aujourd’hui pour participer à ce colloque consacré aux lendemains de la chute du Mur de Berlin, et je félicite la Fondation Gabriel Péri et le mensuel Regards d’en être à l’origine.

Le regain d’intérêt autour du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin m’inspire des sentiments partagés, certainement influencés par la proximité idéologique et affective que j’entretiens avec l’idée communiste.

Le premier sentiment qui domine est sans conteste la satisfaction.

La satisfaction que cette sombre page de la Guerre froide soit tournée. Durant plusieurs décennies, des familles allemandes se trouvèrent écartelées par un affrontement bipolaire qui n’avait pas hésité à disloquer l’Allemagne et l’Europe. Je me rappelle avec émotion du soulagement ressenti devant cette réconciliation allemande obtenue sans payer le prix du sang. Je me rappelle aussi de l’espoir d’une ère pacifiée qui s’ouvrait devant nous.

Je me réjouis également que ce 20ème anniversaire soit une occasion unique pour rapprocher cet événement majeur des jeunes générations qui n’en perçoivent peut-être pas toute la signification.

Car après 20 ans, la mémoire cède la place à l’Histoire et son exigence de vérité sur cette page passionnelle et conflictuelle.

Plus que la seule fin du communisme, la chute du Mur a marqué l’achèvement de toute une séquence historique ouverte en 1870. Une séquence traversée par le conflit de 1914 et l’expansion coloniale, autant dire par les logiques guerrières dont sont porteurs les pays capitalistes cherchant à ouvrir de nouveaux marchés, comme les nuées sont porteurs d’orage.
N’oublions donc pas la responsabilité considérable des puissances impérialistes dans le déclenchement de l’affrontement bipolaire entre l’Est et l’Ouest. Le Mur de Berlin n’a pas été enfanté par le seul régime soviétique, il est né sur les décombres de la seconde guerre mondiale et de ses rapports de force.

Le Président Kennedy ne s’était-il pas satisfait de la construction de ce mur de Berlin, consolidant un équilibre de la terreur au mépris des peuples ?

***

Le second sentiment qui m’anime, et qui anime sans doute bon nombre d’entre vous, est une certaine amertume devant la perte de sens de cet anniversaire et son détournement.

L’amertume de constater, avec 20 ans de recul, que le monde qui naissait en 1989 n’était pas un monde de liberté et de paix, mais l’avènement d’un capitalisme triomphant et sauvage qui a depuis démantelé les systèmes de solidarité sociale, aggravé la pauvreté et les inégalités dans le monde.

Quant aux promesses de paix, elles se sont évanouies. Sous les déchirements fratricides des Balkans. Sous l’aggravation des conflits armés dans les pays du Sud, avec la complicité de pays occidentaux. La fin de la Guerre froide a ainsi fait place à un monde violent et instable.

L’amertume de constater également que l’espoir de reconstruction d’un communisme à visage humain, présent en 1989, a été enterrée. Car la face du soviétisme, celle d’un régime rongé par le conservatisme et troquant son idéal d’émancipation humaine pour une tragédie totalitaire a perduré si longtemps que l’idée même de communisme s’en est trouvée durablement discréditée. En ce sens, ce communisme politique est bel et bien mort. Il est regrettable que les dirigeants du Parti communiste français de l’époque n’aient pas écoutés ceux qui, lucides, les incitaient à changer de cap, à abandonner anathèmes et exclusions. Une capacité d’écoute qui est de nos jours encore trop faible.

L’amertume enfin de voir les souffrances et les espoirs de 1989 ravalés au rang de commémoration folklorique. Les chefs d’Etats et les tenants du capitalisme célèbrent en grande pompe cet anniversaire pour mieux détourner l’attention du peuple.
Quel autre sens donner à la célébration par le couple franco-allemand d’une Europe réconciliée ?
Quel autre sens donner au rassemblement organisé par le gouvernement à la Concorde, le 9 novembre, et sponsorisé par les multinationales Areva, Suez, Total, peu connus pour leur attachement aux droits de l’homme?
Alors qu’en coulisses, l’Union européenne choisit ses dirigeants et ses Traités sans les citoyens, alors que le capitalisme se rachète une virginité en s’emparant de l’étendard de la liberté.

Ne voyez en cette amertume nulle expression de nostalgie ou de démobilisation, mais au contraire la conscience des enjeux qui nous embrassent et que nous n’avons depuis lors pas réussi à relever. Le relief donné à la célébration de la chute du Mur de Berlin dans nos sociétés est aussi, je le crois, l’aveu de faiblesse d’un système capitaliste qui a perdu son meilleur ennemi. Un système dont les échecs ne peuvent aujourd’hui plus être masqués. Un système en perte de repères. Comment analyser autrement l’accord signé entre l’UMP et le Parti communiste chinois ?

Pour autant, je n’ai jamais été, comme vous le savez, de ceux qui croient à l’avènement d’une fin de l’Histoire. Des clivages idéologiques fondamentaux subsistent quant aux relations entre les Nations ou sur la question de la répartition de la richesse. De nouveaux se forment, notamment autour de la question environnementale.

Je souhaite que le colloque qui nous réunit soit l’occasion de penser cet avenir en oeuvrant à une meilleure compréhension de notre passé.

Je vous remercie. »


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